Seconde lettre ouverte : « Trop d’inégalités tuent le capitalisme ! « 

Mr Roux de Bézieux, Vice-Président du MEDEF et fondateur de Virgin Mobile
& Mesdames, Messieurs les Dirigeants d’Omea Telecom,

Mi-Juillet, nous vous interpellions par une première lettre ouverte pour vous notifier de manière formelle et hors contexte syndical, notre désaccord profond sur la moralité des millions d’euros versés, et à verser aux 9 salariés « élus ».

En cette rentrée 2015, sachez que rien n’est oublié, malgré la tentative de réconfort de notre ex-directeur, Pascal Rialland, lors du meeting avec les managers de l’entreprise au Hilton de Saint-Lazare, un lieu discret à l’abri de la supposée vindicte populaire.
Loin de vouloir écorcher les propos tenus au cours de cette réunion, elle se résume à ce que nous avions déjà entendu : « ça fait plaisir de vous revoir, mais on ne peut plus rien pour vous en terme de prime ou de salaire, par contre tenez-bon car on a besoin de vous pour faire avancer l’entreprise, et surtout ne vous inquiétez pas, on pense à vous pour la suite afin d’intégrer le nouveau groupe ».

Mais les faits sont là, depuis de nombreux mois, rien ne bouge. La « placardisation » se met doucement en place, les mobilités se font au compte-goutte, sauf bien sûr pour une partie de nos chers dirigeants, qui n’ont pas manqué de se replacer bien au chaud au sein du nouveau groupe :

  • Pascal Rialland (Directeur EXECUTIF des activités entreprises du groupe Numericable-SFR),
  • Jean-Luc Achard (Directeur du SI Back Office groupe Numericable-SFR),
  • Emmanuel Pugliesi (Directeur de la BU CRM aux activités entreprises du groupe Numericable-SFR)
  • Cécile Bienvenu-Luc (Directrice Financière des activités Grand Public du groupe Numericable-SFR)

Et pendant ce temps, nos quelques heures de grève ont bien été décomptées de nos salaires, nous n’en attendions pas moins de notre direction, preuve de l’incompréhension de notre mouvement.

Par ailleurs, nos lectures nous ont amenés à cet article de la Croix, où vous, Mr Roux de Bezieux, déclarez (de manière provocante vous l’avouez) : « Pour être un peu provocateur, je dirais que pour créer de la croissance, le marché a besoin d’une certaine part d’inégalité. Certes, trop d’inégalités tuent le capitalisme, car il devient inacceptable. Cela détruit l’adhésion au système et donc à la démocratie. Mais trop d’égalité, trop de redistribution, tue l’esprit d’initiative, la récompense. C’est sans doute plus facile à comprendre vu d’Europe que d’Amérique latine. »

Oui, Mr Roux de Bezieux, trop d’inégalités tuent le capitalisme !
Alors comment est-on arrivé à cette situation où 9 salariés touchent des centaines de milliers d’euros alors que les autres quasiment rien en comparaison ?

Nous sommes dans l’inacceptable !!!

Concrètement, et afin que l’ensemble des salariés restant puisse véritablement adhérer au nouveau projet, nous exprimons avec fermeté les revendications suivantes :

Ne pas verser les sommes restantes aux 9 salariés, déjà largement rémunérés suite à la vente de l’entreprise et proposer aux anciens actionnaires de verser la somme restante au personnel présent au moment de la vente :

– 3,4 M€ à 9 salariés soit 350 K€ en moyenne par salarié

– 6,4 M€ à 160 salariés environ soit 40 K€ en moyenne par salarié

Le ratio entre les salariés du premier groupe et ceux du second serait ainsi ramené à 9.
Nous pensons que cette répartition correspond à ce que vous décrivez soit, pas trop d’inégalité… mais suffisamment pour nous permettre de retrouver les forces et la motivation nécessaires pour passer ce cap.

A date, nous trouvons regrettable que vos beaux discours médiatiques ne soient finalement pas appliqués sur le terrain, Monsieur le vice-président du Medef. Prenez donc exemple sur ce PDG turc NEVZAT AYDIN qui a fait un don de plus de 24 millions d’€ à l’ensemble de ses salariés soit 215 000€ par personne.

 

Mr Roux de Bézieux, Mesdames, Messieurs les Dirigeants d’Omea Telecom, nous espérons et continuerons à le faire, que vous n’êtes pas comme ces « salauds de patrons » qui profitent de ces opportunités pour servir leur propre intérêt, en laissant derrière eux détresse et frustration.

Et pour ceux qui intègrent le groupe SFR-Numéricable, n’avez-vous pas un devoir d’exemplarité, afin que vos futurs collaborateurs puissent vous faire confiance ?
Par ailleurs, nous vous informons que nous allons saisir le Comité d’éthique du MEDEF afin qu’il se prononce sur l’éthique de redistribution des richesses au sein de notre société Virgin Mobile.

 

L’ensemble des salariés solidaires d’Omea Telecom.

 

NB : rappel de votre lettre, à nous, les salariés d’OMEA TELECOM :

De : Geoffroy Roux de Bezieux
Envoyé : lundi 8 décembre 2014 07:05
À : omea-staff
Objet : une page se tourne

 

Bonjour à tous

Comme Pascal Rialland vous l’a indiqué, vendredi la société Numéricâble a pris le contrôle d’ OMEA la semaine derniére.

A cette occasion , et comme je vous l’ai annoncé en staff meeting , j’ai démissionné de toutes mes fonctions opérationnelles dans la société,
et je quitterai physiquement la société le vendredi 19 décembre.
C’est donc une page qui se tourne pour moi. En Avril 2004 , avec quelques-uns d’entre vous , nous avons créé le premier MVNO français sous la marque Breizh Mobile. C’était le temps des pionniers et des effectifs réduits : 1 informaticien, 1 responsable marketing, 1 responsable marketing …

Deux ans et 100 000 clients plus tard , nous convainquions le groupe Virgin de nous rejoindre , à la fois au capital et en accordant une licence de marque de 20 ans.

Cet accord a marqué le début d’une période d’accélération forte qui nous a vu passer les 500M de CA et la barre des 2 millions de clients .

Cette réussite a été possible par la combinaison d’acquisitions bien ciblées ( TELE 2) , d’innovation marketing et technologiques permanentes , mais surtout par votre engagement hors norme dans toutes les fonctions de l’entreprise.

Depuis janvier 2012, certes la croissance a été stoppée, mais je suis fier que, à l’inverse de certains de nos concurrents, et malgré notre taille réduite, nous avons continué à gagner de l’argent tout en préservant l’essentiel des emplois, dans un environnement concurrentiel réputé le plus dur du monde.
Une page se tourne aussi pour vous qui allez rejoindre le groupe  Numéricâble, qui partage avec nous une culture entrepreneuriale d’adaptation et d’agilité.

Je suis convaincu que Patrick Drahi et  Eric Denoyer sauront intégrer intelligemment le « commando télécom » que vous formez.

Si je dois garder un souvenir de ces 10 années de travail commun, cela restera les 3 premiers mois de l’année 2012 ou grâce à une réactivité exceptionnelle nous avons su collectivement assurer notre survie, tant il est vrai que « il n’est de richesses que d’homme »

 J’aurai certainement l’opportunité de croiser certains d’entre vous d’ici mon départ, et à tous je souhaite un plein succès dans ce nouveau cadre.

Geoffroy Roux de Bézieux

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Seconde lettre ouverte : « Trop d’inégalités tuent le capitalisme ! « 

Lettre Ouverte

Mr Roux de Bézieux, Vice-Président du MEDEF, fondateur de Virgin Mobile
& Mesdames, Messieurs les Dirigeants d’Omea Telecom,

Voici maintenant plus de 6 mois que l’entreprise, dont vous étiez le fondateur et actionnaire, a été revendue au Groupe NUMERICABLE-SFR dirigé par Patrick Drahi. Cette aventure de presque 10 ans, s’est terminée comme bien d’autres, par une revente des capitaux à un groupe tiers, sans doute (sur le papier) la meilleure solution possible dans ce marché de télécoms tendu. Cession classique ? En réalité, avec ces 6 mois de reculs, voici ce qui nous parait être, un énorme gâchis !

Cette entreprise a été fondée sur des valeurs fortes ; l’esprit d’innovation, la combativité, la réactivité, l’esprit d’équipe et surtout la parole donnée à « ceux qui savent ». Vous avez également, au travers de vos interventions dans les médias et dans votre livre « Salauds de patrons », défendu une certaine idée sociale de ce que devrait être les dirigeants en France :

« Si les Français n’aiment pas les patrons, c’est d’abord la faute des patrons, […] Que faire pour changer tout cela ? C’est très
simple: faites confiance aux patrons. »

Nombreux sont ceux qui vous ont rejoint parce que le projet de bousculer un secteur qui s’ankylosait les faisait vibrer et parce que vous leur proposiez de s’investir au-delà de leurs compétences en leur faisant une confiance absolue pour réussir le pari d’être le trublion de la téléphonie mobile.

Ce sont ces mêmes salariés qui vous écrivent aujourd’hui. Sachez que cette lettre ouverte n’a pas été rédigée par les organisations syndicales représentatives de l’entreprise, mais par un collectif représentant la quasi-totalité des salariés, issu de toutes les fonctions et niveaux hiérarchiques de l’entreprise, des agents de maîtrise jusqu’aux managers. 

Nous vous écrivons aujourd’hui afin que vous sachiez que cette confiance n’existe plus chez Virgin Mobile.

Cette confiance a été trahie et définitivement perdue lorsque l’audit annuel des comptes de la société a été rendu public.
Au détour d’une ligne comptable de 3.3 millions d’euros, a été révélée l’existence d’un bonus exceptionnel de 9 millions d’€ réservé à 9 privilégiés (7 dirigeants du Comex et 2 salariés ayant travaillé – comme tant d’autres – sur la vente).

Interrogée sur cette découverte, la direction de l’entreprise s’est bornée à répondre que cette prime était légale. Légale peut être, nous comprenons que ce versement résulte d’un accord passé entre l’entreprise et les 9 bénéficiaires… mais morale, équitable et conforme aux valeurs de l’entreprise, certainement pas !

Tout ceci est une question de morale, ou plutôt d’une absence de morale, à mettre en opposition avec ce qui était les valeurs diffusées sous votre présidence chez Virgin Mobile. 

S’il nous apparaît légitime que les actionnaires, qui ont pris des risques en investissant dans une aventure entrepreneuriale, soient récompensés de leurs efforts lors de la revente, nous regrettons tellement que les salariés aient été oubliés dans cet accord… C’est l’ensemble des salariés qui a  clairement contribué, tout autant que la direction, à la création de la valeur de l’entreprise, comme à celle de sa revente. 

Des salariés qui se sont investis et qui sont restés mobilisés pour faire croître l’entreprise, malgré les années de vaches maigres en termes de politique salariale (augmentations de salaire proche du néant et suppression d’intéressements prévus).

Ayant maintenant découvert que 6.4 millions d’euros étaient provisionnés dans les comptes pour le versement du solde des 9 millions réservés à ces mêmes 9 privilégiés, soit près de 2 fois la masse salariale annuelle de l’entreprise ! Il serait moral d’utiliser cette provision au bénéfice des 140 salariés Virgin Mobile.

Pour couronner le tout, force est de constater que les dirigeants d’Omea Telecom ont tous réussi leur propre mobilité au sein du Groupe NUMERICABLE-SFR. Il semble que ce ne soit pas le cas de leurs équipes qui se retrouvent de plus en plus isolées (chez ce qu’il reste de Virgin Mobile), avec pour certains, des refus et blocages de mobilité…

Mr Roux de Bézieux, où sont passées ces valeurs de solidarité et de partage des richesses, qui vous sont si chères et qui peut-être vous ont permis d’accéder à la Vice-Présidence du MEDEF ? Mesdames, Messieurs les Dirigeants d’Omea Telecom, comment pouvons-nous décemment continuer à travailler en confiance avec une direction qui se contente de se cacher derrière l’argument légal de ces primes, et qui continue majoritairement leur route au sein du nouveau groupe avec une désolante indécence ?

Était-ce vraiment ce que vous souhaitiez léguer lorsque vous avez cédé l’entreprise ?

L’ensemble des salariés solidaires d’Omea Telecom

Lettre Ouverte