Lettre Ouverte

Mr Roux de Bézieux, Vice-Président du MEDEF, fondateur de Virgin Mobile
& Mesdames, Messieurs les Dirigeants d’Omea Telecom,

Voici maintenant plus de 6 mois que l’entreprise, dont vous étiez le fondateur et actionnaire, a été revendue au Groupe NUMERICABLE-SFR dirigé par Patrick Drahi. Cette aventure de presque 10 ans, s’est terminée comme bien d’autres, par une revente des capitaux à un groupe tiers, sans doute (sur le papier) la meilleure solution possible dans ce marché de télécoms tendu. Cession classique ? En réalité, avec ces 6 mois de reculs, voici ce qui nous parait être, un énorme gâchis !

Cette entreprise a été fondée sur des valeurs fortes ; l’esprit d’innovation, la combativité, la réactivité, l’esprit d’équipe et surtout la parole donnée à « ceux qui savent ». Vous avez également, au travers de vos interventions dans les médias et dans votre livre « Salauds de patrons », défendu une certaine idée sociale de ce que devrait être les dirigeants en France :

« Si les Français n’aiment pas les patrons, c’est d’abord la faute des patrons, […] Que faire pour changer tout cela ? C’est très
simple: faites confiance aux patrons. »

Nombreux sont ceux qui vous ont rejoint parce que le projet de bousculer un secteur qui s’ankylosait les faisait vibrer et parce que vous leur proposiez de s’investir au-delà de leurs compétences en leur faisant une confiance absolue pour réussir le pari d’être le trublion de la téléphonie mobile.

Ce sont ces mêmes salariés qui vous écrivent aujourd’hui. Sachez que cette lettre ouverte n’a pas été rédigée par les organisations syndicales représentatives de l’entreprise, mais par un collectif représentant la quasi-totalité des salariés, issu de toutes les fonctions et niveaux hiérarchiques de l’entreprise, des agents de maîtrise jusqu’aux managers. 

Nous vous écrivons aujourd’hui afin que vous sachiez que cette confiance n’existe plus chez Virgin Mobile.

Cette confiance a été trahie et définitivement perdue lorsque l’audit annuel des comptes de la société a été rendu public.
Au détour d’une ligne comptable de 3.3 millions d’euros, a été révélée l’existence d’un bonus exceptionnel de 9 millions d’€ réservé à 9 privilégiés (7 dirigeants du Comex et 2 salariés ayant travaillé – comme tant d’autres – sur la vente).

Interrogée sur cette découverte, la direction de l’entreprise s’est bornée à répondre que cette prime était légale. Légale peut être, nous comprenons que ce versement résulte d’un accord passé entre l’entreprise et les 9 bénéficiaires… mais morale, équitable et conforme aux valeurs de l’entreprise, certainement pas !

Tout ceci est une question de morale, ou plutôt d’une absence de morale, à mettre en opposition avec ce qui était les valeurs diffusées sous votre présidence chez Virgin Mobile. 

S’il nous apparaît légitime que les actionnaires, qui ont pris des risques en investissant dans une aventure entrepreneuriale, soient récompensés de leurs efforts lors de la revente, nous regrettons tellement que les salariés aient été oubliés dans cet accord… C’est l’ensemble des salariés qui a  clairement contribué, tout autant que la direction, à la création de la valeur de l’entreprise, comme à celle de sa revente. 

Des salariés qui se sont investis et qui sont restés mobilisés pour faire croître l’entreprise, malgré les années de vaches maigres en termes de politique salariale (augmentations de salaire proche du néant et suppression d’intéressements prévus).

Ayant maintenant découvert que 6.4 millions d’euros étaient provisionnés dans les comptes pour le versement du solde des 9 millions réservés à ces mêmes 9 privilégiés, soit près de 2 fois la masse salariale annuelle de l’entreprise ! Il serait moral d’utiliser cette provision au bénéfice des 140 salariés Virgin Mobile.

Pour couronner le tout, force est de constater que les dirigeants d’Omea Telecom ont tous réussi leur propre mobilité au sein du Groupe NUMERICABLE-SFR. Il semble que ce ne soit pas le cas de leurs équipes qui se retrouvent de plus en plus isolées (chez ce qu’il reste de Virgin Mobile), avec pour certains, des refus et blocages de mobilité…

Mr Roux de Bézieux, où sont passées ces valeurs de solidarité et de partage des richesses, qui vous sont si chères et qui peut-être vous ont permis d’accéder à la Vice-Présidence du MEDEF ? Mesdames, Messieurs les Dirigeants d’Omea Telecom, comment pouvons-nous décemment continuer à travailler en confiance avec une direction qui se contente de se cacher derrière l’argument légal de ces primes, et qui continue majoritairement leur route au sein du nouveau groupe avec une désolante indécence ?

Était-ce vraiment ce que vous souhaitiez léguer lorsque vous avez cédé l’entreprise ?

L’ensemble des salariés solidaires d’Omea Telecom

Lettre Ouverte